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UNE  TARTUFFERIE  A  LA  FRANGIPANE

 

Un roi sans couronne, c’est comme une messe sans prière : ça n’existe pas. Enfin, ça n’existait pas jusqu’à ce que la mairie de Brest décide, de toute urgence, de révoquer les merveilles dorées en carton recyclé qui surplombaient les galettes des rois, servies cette semaine dans les cantines scolaires. Le motif invoqué fleure bon la sacrosainte trouille de voir débouler une horde de laïcards intransigeants en colère, dans les services municipaux. « Cette année, sur la couronne était inscrit le mot « Epiphanie », explique-t-on sérieusement. A nos yeux, c’était faire rentrer le religieux à l’école, ce qui est interdit par la loi». Alors, les enfants ont quand même mangé la galette. Certains ont même trouvé la fève, fort heureusement vierge de tout motif sulfureux, mais personne n’a été sacré pour de faux. Et la reine d’un jour, en attente du bisou de son roi éphémère, a été se faire coiffer ailleurs. Reste que dans la symbolique, qu’on le veuille ou non, les enfants ont quand même célèbré l’Epiphanie sans pouvoir la nommer et sans pouvoir davantage expliquer les raisons justifiant l’absence de coiffure royale cette année. A une possible petite leçon, sur les rites qui nous entourent, a été préféré le silence total, protègé par les immenses parapluies de la loi et reposant sur le dos large et polymorphe de la laïcité, accommodée a toutes les pâtes frangipanes possibles.

Puisque la porte est ainsi ouverte, est-il possible alors de militer pour le retrait des œufs en chocolat à Pâques ? Est-il envisageable de manifester pour que le jeudi de l’Ascension soit travaillé sous peine de compromission avec l’Evêché ? Est-il raisonnable d’éditer une pétition réclamant le retrait du programme de l’étude des textes fondateurs en classe de sixième ? Allez savoir. Ce qui est en revanche certain est qu’à force de se méfier de tout, l’ignorance sur le fait religieux, quel qu’il soit, crée des haines et des dogmes de chaque côté de la liberté de conscience. De celles qui sacrent des rois obscurs, couronnés d’épines de violence.