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MAI  1968

Le 31 décembre 1967, dans ses vœux aux Français, Charles de Gaulle, président de la République, salue 1968 « avec sérénité ». Six mois plus tard, le pays frôle la révolution : une crise universitaire se mue en crise sociale et politique ; mai 1968 entre dans l’histoire.

En 1968, il y a deux fois plus d’étudiants en France qu’en 1960. En lettres ou en sociologie, ces étudiants craignent de ne pas trouver de travail à la fin de leurs études ; dans tous les secteurs, locaux et enseignants manquent. De plus, le temps est au romantisme révolutionnaire : les héros de l’époque sont Mao, Trotski ou Che Guevara. Enfin, les jeunes refusent les contraintes du passé ; dans les cités  universitaires, les garçons demandent le libre accès aux bâtiments des filles. Des incidents éclatent, que le ministère escamote avec  mépris : « hier ils réclamaient des maitres, aujourd’hui il leur faut des maitresses ».

Nanterre, université créée en 1963 pour désengorger la Sorbonne, est isolée en banlieue parisienne et jouxte un bidonville, parfait exemple des injustices sociales. L’extrême gauche s’y développe. Le 22 mars, des étudiants occupent les locaux. Les diverses tendances « gauchistes » s’unissent autour d’un étudiant en sociologie d’origine allemande qui sait trouver des formules choc, Daniel Cohn-Bendit : on veut casser le système universitaire, pilier de la « société bourgeoise ». Les incidents se multiplient. Nanterre est fermée le 3 mai ;  les étudiants  tiennent meeting à la Sorbonne. La police intervient. 500 jeunes sont arrêtés, beaucoup sont molestés ; la Sorbonne est fermée. Les enseignants eux-mêmes se mettent en grève, leurs commissions improvisées multiplient les projets de réforme. Dans le Quartier Latin la tension monte ;  elle aboutit le 10 mai à une « nuit des barricades », qui fait un millier de blessés. Pour ramener le calme, le Premier Ministre Georges Pompidou rouvre la Sorbonne le  13 ; mais le mouvement de l’université, s’est étendu aux autres secteurs de la vie sociale.

Dix millions de Français en grève

En effet, le 13 mai,  pour protester contre la répression anti-étudiant, les syndicats organisent une manifestation. Cent soixante-dix mille personnes selon la police, huit cents milles selon les organisateurs, se rassemblent à Paris : le mécontentement social ne demande qu’à s’exprimer. La manifestation est assortie d’une grève qui se prolonge au-delà des 24 heures pour lesquelles elle était prévue ; les salariés occupent spontanément les usines comme l’ont fait leurs parents ou leurs grands-parents en 1936. Le 21,  il y a 8 à 10 millions de grévistes. Le 27, à Grenelle, au Ministère des Affaires Sociales, les négociations avec les patrons débouchent sur une hausse de 7 pour cent des salaires et de 35 pour cent du salaire minimum, des garanties pour les délégués d’entreprise, la promesse de la remise en vigueur de la semaine de 40  heures (instituée par le Front Populaire mais abandonnée dès 1937), d’augmentations des prestations sociales, d’allègements fiscaux, et sur le paiement des jours de grève, s’ils ne sont pas « récupérés » avant décembre.

Le parti communiste, satisfait, prêche le retour au calme. La base refuse : la crise devient politique ; le régime paraît menacé ; même si une partie du pays s’alarme d’un désordre qu’elle ne comprend pas et qui commence à la priver d’essence pour ses voitures ….

La crise politique

Parti le 14 en Roumanie comme si de rien n’était, le Général de Gaulle fustige la « chienlit » et propose un référendum des réformes. On ne l’écoute pas : le pouvoir semble vacant. Parallèlement,  le mouvement se délite. Le 22, on manifeste contre l’expulsion de Cohn-Bendit en Allemagne Fédérale ; les communistes boycottent la manifestation : c’est le début d’un « duel à  3 », gaullistes, communistes et « gauchistes » accusant chacun les deux autres de complicité. Le 27, Valéry Giscard d’Estaing propose une union nationale autour de lui. Le 28, Mitterrand dit qu’après l’échec du référendum il faudra un autre gouvernement et des présidentielles : il sera candidat. Le propos, modéré, est anticonstitutionnel, et la télévision, en le résumant, fait croire à un essai de coup d’état……

Le 29, De Gaulle disparait : il est à Baden Baden, où il rencontre le Général Massu, commandant des forces françaises en Allemagne. Veut-il dramatiser la situation ? S’assurer de l’appui de l’armée ? A son retour, à la radio, il dénonce les communistes, qui ont pourtant freiné les révolutionnaires, et il annonce des législatives. Immédiatement, 500 000 de ses fidèles défilent sur les Champs Elysées. Le rapport de force a changé. Des « gauchistes » veulent boycotter les élections. Il y a encore des heurts, et 3 morts, alors que les pires évènements, à Paris où le Préfet Grimaud s’était montré prudent,  n’avait provoqué aucun accident fatal…. Les Français aspirent au retour à la normale, après un mois de folie, les législatives sont un triomphe pour le gouvernement. Mai 68 entre au musée des souvenirs. Reste à en chercher les causes. D’aucuns parlent de complots, d’autres de crises de sociétés, d’autres encore évoquent la difficile adaptation  des structures traditionnelles à la réalité moderne. Il faut aussi faire la part des hasards, des enchainements incontrôlables.  Il reste que, pendant un mois, Paris a cru revivre 1789 ou 1848, et que bien des changements se font, après coups, une fois le calme revenu, la crise ayant permis de prendre conscience de la  fossilisation qui figeait la société française.

 

 

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