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LA  NAVIGATION  FLUVIALE

Les riches heures de la batellerie.

Dès que les transports sont apparus comme une nécessité vitale pour l’économie humaine, l’homme a utilisé les voies d’eau. A l’époque gauloise, Rhône et Saône reliaient le pays aux grandes civilisations méditerranéennes. Riche d’une vieille tradition, la batellerie gauloise était renommée : sa flottille était de bonne qualité. Elle était taillée dans le chêne alors que les Romains ne connaissaient que les fragiles embarcations en pin. Cette prospérité disparut malheureusement à la suite des invasions barbares. La féodalité ne fit qu’aggraver les entraves à la navigation. Pourtant de nombreux actes royaux montrent l’intérêt que la monarchie porta de tout temps à cette activité.

Le canal, voie de communication liquide

Jusqu’au XIVe siècle, la navigation se fit au rythme des crues et des étiages. La France possédait des bassins fluviaux peu nombreux mais très étendus. Le passage d’un bassin à l »autre se faisait assez aisément. Mais la plupart des rivières n’étaient navigables que 7 à 8 mois par an : régime irrégulier, forte pente, thalweg sinueux et mouillages inégaux s’opposaient à une utilisation régulière  des rivières. Les bateaux à fond plat de petit tonnage les descendaient au prix d’échouages fréquents et les remontaient à la sueur des hommes et des bêtes. Deux inventions vinrent révolutionner les transports par voie des eaux : l’écluse à sasses et le canal à bief de partage. On avait, depuis longtemps imaginer d’utiliser pour la navigation les canaux de drainage nés des besoins de l’agriculture. Mais le franchissement des dénivellations restait un problème. L’écluse à sasse permit de surmonter ces difficultés. Le canal constitué d’une série de biefs horizontaux facilitant le halage ne possédait pas les inconvénients des cours d’eaux naturels. Le canal à bief de partage inventé par Adam de Craponne, sous le règne de Henri II, permit de relier les deux versants d’une montagne en assurant le franchissement du faîte par un bief supérieur alimenté par les eaux dérivés  de réservoirs placés à un niveau encore plus élevés.

La naissance du réseau moderne

Le XVIIe siècle vit s’ébaucher le réseau de nos voies navigables. A la Révolution, la France comptait 1 000 km  de canaux. Le XIXe siècle marqua l’apogée du développement du réseau. Faute de moyens techniques permettant l’aménagement des rivières, on construisit des voies artificielles.  Mais en 1834, François Poirée inventa un barrage mobile qui permit de régler  le débit des rivières afin de le rendre propre à la navigation en toute saison.

Concurrence et modernisation

 Au XXe siècle, la concurrence se fit plus âpre. Les progrès du rail, le développement de l’automobile contraignirent la navigation fluviale à s’adapter. Les bateliers ont adopté de nouvelles méthodes d’exploitation. Les infrastructures  ont été modernisées. Les voies navigables ont été aménagées pour laisser passer de grands gabarits. Le poussage de barges a remplacé les péniches de petit tonnage partout où le réseau le permettait. Canaux et rivières à petits gabarits sont désormais le domaine des plaisanciers.

Le batelier et ses galères

Le batelier indépendant bénéficie d’une grande liberté. Il mène une vie de bohème, entre des tâches polyvalentes, et des revenus précaires et  aléatoires…  . Le statut d’artisan permet au batelier d’être propriétaire de son bateau. Travailleur indépendant, ses conditions de vie sont proches de celles des personnes itinérantes. Ses revenus sont compensés par une grande liberté d’action. Seul maître à bord, le batelier choisit son voyage, sa marchandise et surveille le chargement. Manœuvrer pendant des heures, nettoyer un pont, commander un équipage… mieux vaut être résistant. Il faut aussi soutenir son attention, car les périodes de conduite sont longues. Seuls des réflexes précis et rapides permettent d’effectuer les manœuvres délicates. Une vue et une ouïe excellentes sont recommandées. À bord des petites péniches, il n’y a pas de mécanicien. C’est au patron d’assurer les petites réparations sur le moteur, l’installation électrique, la robinetterie, les niveaux d’huile… Le batelier transporte des personnes et des marchandises en connaissant parfaitement les fleuves et les canaux.

On ne devient pas batelier par hasard. Le métier se transmet souvent de père en fils (ou en fille). L’artisan conduit une petite péniche familiale. Il travaille généralement en couple, parfois aidé d’un matelot.

Récemment, fin Avril 2013, un batelier a voulu rejoindre les berges du Rhône à Valence après une panne de moteur, mais celui-ci, ignorant son existence, a heurté une ancienne pile de pont et a coulé.

Photos personnelles